Après Max Cooper (Belfast/Londres), c’est Rone qui nous raconte aujourd’hui ses villes. Paris, d’où il est originaire, et surtout Berlin, où il a emménagé l’année dernière, et où il prépare le successeur de « Spanish Breakfast », son premier album.

Les premières images de Berlin qui te viennent ?

Des rues, larges et tranquilles, des chantiers, partout, comme si la ville était en permanente mutation, du béton gris mais aussi beaucoup de vert, des vélos, des punks, des chiens, des hommes d’affaires, des graffitis gigantesques, des kebabs…

Que représentait-elle dans ton imaginaire avant que tu t’y installes ?

Dominik Eulberg – Der Tanz der Gluehwuermchen (Rone Remix)

 

Ce que j’imaginais était finalement assez proche de la réalité: de grandes rues, des graffitis gigantesques, des kebabs… :)
Finalement, ce sont des choses moins perceptibles qui marquent quand on s’installe ailleurs. Par exemple, à travers tout les représentations qu’on nous en fait dans le cinéma, on peut avoir le sentiment de connaître New-York sans jamais y avoir mis les pieds, mais on prend inévitablement une claque quand on se retrouve réellement dans les rues de Manhattan ou de Brooklyn pour la première fois.
Berlin, c’est un peu pareil. Je me souviens très bien de ma toute première journée passée là-bas, des sensations que me procuraient l’espace et le rythme propres à cette ville. On l’associe souvent à la vie nocturne, aux clubs, à la techno et on imagine des fêtes qui ne terminent jamais… Il y a de ça, c’est vrai. Mais il y a aussi le calme des rues qui, probablement parce qu’elles sont immenses, ne fourmillent pas de gens. Et puis l’ambiance détendue des cafés, les parcs où l’on peut faire ce qu’on veut…

Qu’est ce qui t’a poussé à t’y installer ?

C’est justement ce contraste qui existe ici entre le bordel et le calme… J’ai l’impression d’avoir besoin des deux. Le chaos et la tranquillité. Et pour l’instant, je trouve toujours ce que je cherche ici. Il y a évidemment la question de l’argent aussi : le coût de la vie, relativement moins élevé que dans les autres grandes capitales européennes, combiné à sa forte culture musicale, attire beaucoup de producteurs à Berlin.

Quel regard portes-tu sur ton époque parisienne aujourd’hui ?

J’ai grandi à Paris. C’est ma ville et je l’aime. Mais je l’ai souvent détesté aussi. Je trouve qu’elle engendre beaucoup de stress, de frustration, d’agressivité. Quand j’ai commencé à voyager grâce à la musique je me suis rendu compte qu’on pouvait vivre autrement, ailleurs. C’est une évidence, mais on ne s’en rend pas forcément compte quand on est immergé dans le rythme de la vie parisienne. Il faut un certain recul pour en prendre conscience. Mais maintenant ça me fait toujours super plaisir de retourner à Paris, pour quelques jours, comme un touriste. Sans doute parce qu’il y a cette distance qui fait que je ne vois que les bons côtés. En fait, j’ai l’impression d’avoir deux villes maintenant !

Rone – Flesh

 

Les nuits parisiennes ont connu quelques galères (pétition, fermeture de lieux), es-tu sensible à cette problématique ?

Oui, je trouve ça triste. Les nuits parisiennes souffrent beaucoup de l’application de lois stupides au nom du soi-disant bien être collectif. On n’a plus le droit de fumer, les heures de fermetures des clubs sont aberrantes… Ca manque un peu de folie et de liberté quoi ! A Berlin, tout semble encore permis et j’y trouve beaucoup plus de respect, il n’y a pas d’agressivité. Sûrement parce qu’il y a justement moins de frustration, avec cette possibilité de vivre la musique pleinement, sans interdits. Il ne s’agit pas de faire du club un simple défouloir, où les gens viendraient évacuer toute leur semaine de stress dans la soirée, mais bien d’en faire un lieu spécial, une expérience qui pourrait même changer leur perception du monde.

Rone – So So So (live)

 

A Berlin aussi des lieux ferment, comment le milieu de la nuit fait face à ça ?

Berlin change, pour le meilleur et pour le pire. Ceux qui sont là depuis longtemps peuvent regretter la disparition de certains lieux mais c’est une ville en perpétuelle mutation, et j’aime cette idée qu’elle ne soit pas figée. Car elle est encore dans cette dynamique où, quand une chose disparaît, une autre apparaît un peu plus loin.

Passes-tu beaucoup de temps dans les clubs de ta ville? Quels sont les endroits que tu conseilles ?

J’en ai bien profité quand je suis arrivé, mais en ce moment je passe beaucoup de temps en studio parce que je travaille sur mon deuxième album. Et je sors parfois seulement, quand un ami joue dans un club par exemple…
Ceux que je conseille ? Il y a évidemment l’incontournable Berghain, où j’ai joué il y a quelques semaines pour la première fois ; le Wilden Renate est lieu très cool aussi! Et le Golden Gate, Horst Krzbrg… Il y en a beaucoup en fait !