Paul Kalkbrenner, autopsie d’un succès
2009 l’a placé sur le podium de l’électro allemand, très convoité. 2010 l’a adoubé, 2011 sera l’année du raz-de-marée. DJ cantonné aux free parties allemandes il y a encore 5 ans, Paul Kalkbrenner a accédé au rang d’icône en quelques mois. Autopsie d’un type au parcours parfois paradoxal.
Un chiffre. Sur la page Facebook de Paul Kalkbrenner, plus de 766 000 aficionados enregistrés. Pas complètement anodin, quand on sait que les gros poissons de l’électro comme les Chemical Brothers (735 000) ou Justice (696 000) n’ont pas dragué autant de fans 2.0. Allez comprendre : Kalkbrenner ne joue pas dans les stades, sa fan-base est très large et, parallèlement, une bonne partie de vos amis (parfois électrophiles) vous regardent avec des yeux de merlan fri lorsque vous évoquez son nom. Le premier paradoxe Kalkbrenner.
Un film. Au coeur du buzz, il y a ce film, « Berlin Calling ». On est très loin du chef-d’oeuvre. Dans la peau du peu recommandable DJ Ickarus (photo), Kalkbrenner n’est pas spécialement mauvais, mais le scénario du film de Hannes Stöhr peine à s’extirper des clichés du genre. Bon point : cette plongée dans Berlin est portée par une BO fabuleuse, imaginée par Paul Kalkbrenner et son compère Sascha Funke. Un coup de maître, qui fera le tour du monde grâce à ce film devenu un atout marketing pour exporter l’image so cool de Berlin. Parmi les titres importants, Mango. Qu’on retrouve sur l’album du même nom signé… Sascha Funke. D’où cette question : quel rôle a-t-il joué dans l’élaboration de cette BO, qui a vraiment lancé la carrière de Kalkbrenner ?
Un live. Tempelhof, 6 novembre 2010. Plusieurs milliers de personnes passent la nuit dans les halls de l’ancien aéroport, aujourd’hui devenu une friche industrielle. En clôture du Berlin Bermuda festival, l’artillerie lourde est convoquée pour ce qui sera un marathon techno de quinze heures. Têtes d’affiche : Kalkbrenner, Richie Hawtin et Sven Väth. Pendant une demie heure, Kalkbrenner remixe des morceaux de house douteuse, avant d’enfin passer la seconde et de faire trembler la vieille carcasse aéroportuaire grâce à ses propres productions. « De toute façon, le roi à Berlin, c’est Hawtin, assure un local de l’étape. Kalkbrenner deviendra has been ». Bon. On n’est y est pas vraiment encore.
Un teaser. Le DVD de Kalkbrenner, sorti fin 2010, montre notre chauve sur scène, d’Istanbul à Lyon en passant par le Columbia Hall de Berlin archi-blindé. Mais là aussi, malgré la qualité des images de ce DVD, on découvre un Kalkbrenner un peu starifié, à la limite de la beaufitude, s’allumant une clope dans son jet privé. On aurait aimé qu’un gars ayant été porté par les milieux alternatifs pendant plusieurs années attende au moins quelques années de plus avant de se prendre pour Bob Sinclar.
Un remix. Si une chanson devait dépeindre le côté paradoxal de Kalkbrenner, ce serait Mad World, son remix de Tear For Fears. Tube hédoniste aux relents house, il symbolise le côté funambule de Kalkbrenner, capable de s’amuser avec des morceaux que certains trouveront détestables. Mad World incarne parfaitement ce côté un peu « border » du natif de Leipzig. Faites vos jeux…
Paul Kalkbrenner – Mad World (Tear For Fears remix)


