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Lettre ouverte à Aurélie Filippetti

Les éditeurs indépendants l'interpellent publiquement sur l'abandon du CNM

Aurélie Filippetti annonçait hier une série d’abandons de projets (initiés sous le gouvernement précédent) dans l’optique de réduire les dépenses de son ministère de la Culture. Parmi ces projets se trouve le Centre national de la Musique, que son prédécesseur Frédéric Mitterrand avait initié pour en faire un établissement public dans la même veine que le CNC , mais pour le secteur musical.

Les acteurs culturels n’ont pas tardé a réagir à cette annonce, à commencer par les éditeurs indépendants. Le syndicat des musiques actuelles (SMA), CD1D et La Fédération Nationale des Labels Indépendants (FELIN) ont ainsi adressé une lettre ouverte à la ministre de la Culture. La voici dans son intégralité. (Document pdf téléchargeable ici).

Paris, le 11 septembre 2012
Madame la Ministre de la culture et de la communication,
Vos déclarations dans le journal Le Monde daté du 11 septembre, concernant le Centre National de la Musique ont plongé nos organisations dans l’incompréhension la plus totale.

En un an, grâce à notre implication dans la co-construction de ce projet, nos organisations ont en effet su faire reconnaître, entendre et prendre en compte de mieux en mieux la place centrale que doivent occuper dans une nouvelle politique culturelle celles et ceux qui, années après années, dans des conditions précaires, forment toute la richesse et l’engagement du tissu indépendant français. Nous n’avons eu de cesse d’améliorer cette prise en compte, comme le dénotent les observations que nous avons remises encore la semaine dernière à la mission de préfiguration du CNM.

40 ans après les premiers réseaux militants issus du Rock, les structures que nous représentons continuent à repérer, accompagner, produire et diffuser des artistes et des professionnels avec lesquels, souvent loin des grands médias, elles construisent une vision et une passion partagées de la musique et plus largement de la culture.

Labels, salles de concerts (en partie labellisées SMAC), producteurs de spectacles, centres de formations, radios, festivals, fédérations régionales… tous ont nourri lors du changement de gouvernement en mai dernier, l’espoir qu’émergent rapidement des réponses courageuses et politiques pour porter un projet davantage tourné vers les urgences et les valeurs que nous portons au sein de nos entreprises : diversité artistique, intérêt général, partage équitable de la valeur et des espaces de diffusion, irrigation des territoires.

Nous ne pouvons donc que nous sentir à la fois oubliés et trahis par vos dernières déclarations tant elles contredisent les principes et les priorités que vous déclarez défendre, alors même que le Président Hollande rappelait tout récemment son attachement à respecter ses engagements de campagne – le CNM en faisant partie.
En aucun cas le crédit d’impôt (dispositif auquel les TPE n’ont même pas la capacité d’accéder tellement leur trésorerie est fragile et qui se révèle en inadéquation avec leur structure économique) ou les potentielles mesures auxquelles vous faites allusion dans vos déclarations ne viendront améliorer la situation de ces entreprises indépendantes – majoritairement des TPE – qui sont précisément celles qui défendent au quotidien la diversité des pratiques et des esthétiques musicales. Ce n’est pas de quelques mesures ultra-ciblées et souvent dénuées de cohérence d’ensemble dont la filière a besoin, mais d’une vraie vision pertinente du secteur. En cela, le projet de CNM apporte une réponse à la hauteur de cette attente.

Le CNM offre une occasion unique et historique de tirer les enseignements des mutations profondes que connait le secteur de la musique depuis 10 ans, de reposer des règles communes, d’adopter une posture collective et d’inventer des modèles plus équitables qui tirent partie des nouvelles technologies et des logiques de partage plutôt que de les craindre et de les contraindre.

En abandonnant le CNM c’est cette ambition à laquelle vous renoncez. Nous pas.
Sans cette création (et l’arrivée rapide de moyens et de dispositifs d’aides adaptées), bon nombre de nos structures, déjà dans des situations délicates, disparaitront au cours des prochains mois, entrainant avec elles une grande partie de la diversité dont peut se targuer aujourd’hui encore notre pays. Les acteurs économiquement plus solides (qui bénéficient déjà du crédit d’impôt que vous vantez tant) pourront peut- être traverser la tempête ; sacrifiant au passage tout ce qui économiquement n’a pas d’intérêt rapide et certain… Quant aux autres, ils se souviendront avec tristesse et colère des espoirs déçus d’un gouvernement qui a raté son rendez-vous avec l’Histoire.

Vous déclarez que « nous » n’avons pas les moyens de financer cet établissement. Ce n’est pourtant pas de cela dont il s’agit, et vous le savez : les fonds de votre Ministère ne seront pas mobilisés dans ce projet. Il faut seulement le courage et la volonté politiques de rediriger légitimement vers la musique une partie (25 ou 30 %) des quelques 300 millions € issus de la TST, (taxe déjà existante payée par les fournisseurs d’accès et qui ne bénéficie actuellement qu’à une industrie, le cinéma, déjà bénéficiaire de larges soutiens publics et qui ne traverse pas, bien au contraire, la crise qui étrangle les producteurs de musique et de spectacles).

Depuis plusieurs mois, nous avons rencontré vos équipes, contribué aux réflexions, alimenté le travail sur les dispositifs, élaboré les propositions qui nous semblaient urgentes et alerté sur la nécessité d’agir vite après des années d’apathie. En acceptant de nous recevoir rapidement, vous accorderez, dans les faits, une première attention particulière aux entreprises indépendantes qui ne se limitent pas, loin s’en faut, aux quelques acteurs industriels du secteur.

Dans l’attente de cet échange, nous vous prions de croire, Madame la Ministre de la culture et de la communication, en notre considération la meilleure.

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