Charte environnementale, gobelets consignés, tremplin d’artistes locaux, covoiturage, pass de noël… Les festivals se ressemblent de plus en plus. Ce n’est peut-être qu’une impression mais elle est cette année particulièrement tenace. Et c’est surtout sur la programmation que ce phénomène de mimétisme semble si fort. Certains groupes enchainent presque tous les festivals de France et de Navarre. Chez nous, on les appelle les squatteurs de festivals.

Notre équipe a épluché la programmation de 120 festivals français du printemps et de l’été, histoire de vérifier plus précisément la présence des principaux squatteurs de 2012. Impossible d’être exhaustif mais les résultats restent assez parlants : Zebda remporte haut la main le titre de squatteur de festival de l’année. Derrière, Shaka Ponk, Orelsan et 1995 se disputent âprement le podium.

Le top 15 des squatteurs de festivals 2012 :
Zebda : 36 festivals
Shaka Ponk : 26 festivals
Orelsan : 23 festivals
1995 : 23 festivals
Skip the use : 20 festivals
C2C : 20 festivals
Dionysos : 19 festivals
Hubert-Félix Thiéfaine : 18 festivals
Charlie Winston : 18 festivals
Brigitte : 18 festivals
Thomas Dutronc : 16 festivals
Stuck in the Sound : 15 festivals
Izia : 15 festivals
Chinese Man : 13 festivals
Imany : 12 festivals

On pourrait se dire que ces squatteurs sont portés par quelques tourneurs qui dealent par paquet leur catalogue. Notre étude prouve le contraire : les 15 groupes du classement sont gérés par 13 tourneurs différents, avec une part non négligeable de petites structures. L’explication du phénomène est donc à chercher ailleurs, probablement chez les premiers concernés : les festivals et les artistes. La crise du disque s’accompagne depuis quelques années d’une embellie de l’économie « live », que ce soit dans des salles ou en festivals. Le public découvre la musique sur le net, souvent sans la payer, mais il dépense son budget musique pour aller voir ses artistes préférés sur scène. Le circuit professionnel l’a bien compris et s’est lancé dans une surenchère des cachets.

Les festivals se retrouvent souvent le cul entre deux chaises : le public répond massivement présent mais il a de plus en plus de choix dans les événements. Le programmateur de festival doit donc tenter de ramener quelques têtes d’affiches pour se démarquer de la « concurrence ». Mais ces têtes d’affiches sont de moins en moins accessibles financièrement, surtout lorsqu’il s’agit d’artistes internationaux. A moins d’être les Vieilles Charrues, les Eurocks ou Rock en Seine, il est désormais difficile de sortir un mastodonte de son chapeau.

Du coup, de plus en plus de festivals construisent leur prog selon une recette que l’on pourrait résumer grossièrement ainsi : un tiers de têtes d’affiches françaises, un tiers d’artistes émergents, un tiers de scène locale. Le tout saupoudré d’une ou deux stars internationales. Certains festivals se privent même de têtes d’affiches internationales, à l’image d’Art Rock où tous les groupes de la Grande Scène programmés en fin de soirée seront français.

Ce constat ne signifie pourtant pas que ces éditions 2012 seront au rabais. Car objectivement, qu’on les aime ou pas, ces squatteurs de festivals sont loin d’être des artistes de scène low cost. On préfère voir des C2C, Shaka Ponk, Skip the Use et autres 1995 squatter les scènes des festivals et se faire connaitre du plus grand nombre qu’assister à une surenchère des forfaits de festivals pour avoir absolument Sting ou The Cure. Et puis, avouons le, on préfère avoir Zebda dans les pattes tous l’été que Zaz ou Bénabar.

Le top des 20 festivals « conventionnels »

En absolu :
Les Francofolies : 14 groupes
Le Printemps de Bourges : 13 groupes
Festival Papillons de Nuit : 10 groupes
Eurockéennes : 8 groupes
Solidays : 8 groupes
Art rock : 8 groupes
Les Deferlantes : 8 groupes
Festival des Artefacts : 8 groupes
Pause Guitare : 7 groupes
Festival de La Cité : 7 groupes
Beauregard : 7 groupes
Garorock : 7 groupes
Panoramas : 6 groupes
Les Nuits de Fourvière : 6 groupes
Aluna : 5 groupes
Crazy Week : 5 groupes
Musilac : 5 groupes
Main Square : 5 groupes
Paroles et Musiques : 5 groupes
La nuit de l’Erdre : 5 groupes

Ratio squatteurs / groupes déjà annoncés dans les programmations
Crazy Week : 55,5 % (5 sur 9)
La nuit de l’Erdre : 45,45 % (5 sur 11)
Aluna : 31,2 % (5 sur 16)
Art rock : 30,7 % (8 sur 26)
Les Papillons de Nuits : 29% (10 sur 34)
Les Déferlantes : 28,5 % (8 sur 28)
Solidays : 27,5 % (8 sur 29)
Beauregard : 23,3 % (7 sur 30)
Festival des Artefacts : 20,5 % (8 sur 39)
Musilac : 16,6 % (5 sur 30)
Garorock : 16,2 % (7 sur 43)
Eurockéennes : 14,8 % (8 sur54)
Pause Guitare : 14,5 % (7 sur 48)
Les Francofolies : 14, 28% (14 sur 98)
Main Square : 13,5 % (5 sur 37)
Panoramas : 12,5 % (6 sur 40)
Festival Paroles et Musiques : 11,36 % (5 sur 44)
Festival de La Cité : 9 % (7 sur 73)
Le Printemps de Bourges : 7,6 % (13 sur 170)