Déjà, le Disquaire Day, c’est quoi ? « C’est la fête des disquaires ! » s’exclame Yves Plouhinec, qui tient la boutique de disques en ligne Hands & Arms. Autrement dit, c’est LA journée dédiée au vinyle, avec des sorties inédites, mais aussi des showcases et des concerts un peu partout en France.

Originellement créé en 2007 aux Etats-Unis sous le nom de Record Store Day, le Disquaire Day a ensuite été adopté dans de nombreux pays comme l’Allemagne, la Suède, l’Angleterre ou le Japon. Selon la légende, ce serait d’ailleurs le manager de Metallica qui aurait inventé le concept autour du Record Store Day, en discutant avec un ami disquaire : mettre le vinyle à l’honneur pendant une journée, en créant pour l’occasion de nouvelles références, qui ne seront disponibles ni avant, ni après. « Il n’y aura jamais de digital » précise Frédéric Neff, président du MILA. « Il s’agit vraiment de promouvoir les disquaires et le support physique. »

Sa déclinaison française a vu le jour en 2011 à l’initiative du CALIF (Club Action des Labels Indépendants Français), structure créée en 2002 avec le soutien du Ministère la Culture et de la Communication face à l’érosion du réseau de disquaires indépendants. Depuis, l’événement ne cesse de prendre de l’ampleur, attirant chaque année plus de participants, du côté des professionnels comme du public. « En termes de ventes, le chiffre d’affaires global sur cette journée a été multipliée par deux, passant de 300 000€ à 600 000€ » précise Yves Plouhinec. « Pour nous, c’est un peu comme la période de Noël ».

C’est la deuxième année que le MILA participe à l’événement. « Au départ, c’est Yves, qui était hébergé au MILA [ndlr : Hands & Arms a aussi une activité de label], qui m’a proposé de le faire dans nos locaux » dit Aude Merlet, coordinatrice. « Et puis on a réussi à fédérer les autres entreprises autour du projet… C’est un peu nos portes ouvertes ! Plutôt que de le faire à un autre moment, on s’est greffé à un événement national, et ça profite à chacun : on leur fournit des projets annexes, et en même temps on s’appuie sur une communication nationale. Et puis ça correspond à nos métiers, car on soutient les producteurs. L’important, c’est que ça ne fasse pas d’ombre aux disquaires »

Au total, le MILA compte pas moins de trente structures : vingt labels indépendants d’abord, mais aussi des tourneurs, des magazines (Longueurs d’Ondes), ou des plateformes de streaming (Noomiz). Plusieurs d’entre elles sont d’ailleurs hybrides, et combinent des activités de productions phonographique et de spectacles, parfaite illustration de l’évolution actuelle de l’industrie musicale face à la chute continue des ventes de disques ces dernières années. « On fait un peu le 360° de la musique », résume Louis Favre, de l’agence de promotion web Chakalaka. « Certains sont musicalement assez éloignés mais se retrouvent dans les mêmes problématiques de production, et vont pouvoir s’aider sur des dossiers de subvention par exemple ». 

Ce sont ces synergies, en grande partie informelles, qui ont favorisé le développement de cette journée Shop of The Day. Dix des structures du MILA dont Warp, InFiné et Tricatel tiendront un stand ce samedi 20 avril, contre trois l’année dernière. Ils présenteront leurs productions, mais aussi les références exclusives créées pour le Disquaire Day. Ce sont d’ailleurs ces dernières qui sont recherchées par la plupart des visiteurs, qui viennent dès le matin pour être sûrs de repartir avec leur précieux sésame… ou se tiennent au courant via Twitter de l’évolution des stocks dans les différents points de vente. D’autres achètent par simple curiosité, alors qu’ils n’ont pas de platine vinyle chez eux, « comme cette petite mémé qui a acheté Revolver l’année dernière » sourit Yves Plouhinec.

Il nous parle de son choix en matière de commandes de vinyles pour le Disquaire Day : « Concrètement, les magasins font des sélections drastiques, car c’est de l’achat ferme, et ils n’ont pas les fonds pour avancer. J’essaye plutôt de miser sur la largeur de l’offre plutôt que la quantité verticale. L’année dernière, j’avais 5% du stock national ! Cette année j’ai fait pareil : j’ai baissé du Bowie, du Rolling Stones, pour pouvoir prendre du Connan Mockasin ».

Pour Louis Favre, cette journée portes ouvertes est aussi « un moyen de montrer aux gens du quartier qui passent devant le MILA toute l’année ce qui se passe à l’intérieur ». Et cette année, Le Bon Coin, l’un des restaurants du quartier a même tenu à leur apporter un soutien financier. « Jean-louis est un mec qui aime beaucoup la musique. Ça va nous permettre de faire un peu de com, d’imprimer des flyers, des affiches… » D’autres partenariats voient progressivement le jour, avec Mains d’Oeuvres à Saint Ouen par exemple (notre chez nous) qui héberge aussi de nombreuses autres structures évoluant dans le domaine de la musique et la culture. Le groupe Chowchan qui y répète fera donc partie des cinq formations qui feront un showcase gratuit au MILA.

Un rendez-vous à ne pas rater pour les passionnés de musique et les curieux.