Les organisateurs peuvent en effet se targuer de dépasser la symbolique barre des 20.000 festivaliers sur l’ensemble du week-end. Il y avait donc du monde. Très bien. Mais ils ont vu quoi, tous ces gens ? Et nous, on a retenu quoi ? Tour d’horizon forcément sélectif.

Nick Cave & The Bad Seeds, l’envoûtement. A tout seigneur tout honneur. On ne pouvait que commencer par eux. Que dire d’un tel concert ?  Peut-être qu’il est tellement au-dessus de la mêlée qu’on vous invite à mettre vos deniers de côté pour aller voir un jour ces gens-là sur scène. Parce que Nick Cave est magnétique, passant la moitié de son set à serrer fort la main de ses fans aux premiers rangs. Parce que les Bad Seeds accompagnent ces moments de forte tension de la plus belle des façons. Parce que l’ensemble est d’une puissance émotionnelle rare. Parce que des concerts comme ça, on en voit tous les cinq ans. 

Hot Chip, promesses tenues. La bande de Alexis Taylor est surtout reconnue comme cette irrésistible machine à danser pour lutter contre n’importe quelle dépression ou simple coup de mou. C’est vrai, mais c’est aussi assez réducteur. La prestation scénique, en elle-même, est une belle petite fessée, avec notamment quatre claviers en furie et une batterie dingue. D’un bout à l’autre du set, ça joue sévère et la construction des morceaux emprunte souvent des chemins sinueux et insoupçonnés. Pop is not dead.

TNGHT & Suuns, c’est neuf. Evidemment, ces deux groupes n’ont musicalement rien à voir. Mais on leur trouve quand même un petit point commun : quand on les entend sur disque comme sur scène, on a le sentiment persistant d’avoir devant nos yeux quelque chose de neuf. Comme des mecs pressés qui auraient déjà imaginé la suite. Par instant, Suuns est même hypnotique. Quant à TNGHT, on aurait simplement aimé que leurs basses nous cognent encore plus la face et sentir vibrer la poitrine. Mais y pouvaient-ils quelque chose ?

Local Natives, c’est propre. Et quand on dit ça, c’est à la fois pour s’extasier et pour râler. D’une formidable finesse mélodique, les morceaux du groupe sont également sous-exploités sur scène. Les harmonies vocales sont sublimes, tous les membres du groupes sont hyper pro et récitent leur partition avec un savoir-faire de patrons. Alors que leur reproche-t-on ? Bah, qu’ils mettent un peu plus d’âme dans tout ça, qu’ils tentent ces basculements qui font d’un bon groupe un grand groupe, qu’ils se risquent à revisiter sur scène certaines structures, quitte à ce que ça tangue parfois un peu.

Efterklang, virée en première classe. On doit avouer qu’on a découvert ce groupe en même temps que la programmation. Le concert fut d’une belle élégance, avec le plaisir de voir ces Danois (photo) prendre un pied énorme sur scène. Et c’est pas si courant.

Concrete Knives, sans slam. On a connu public plus festif et excité que celui la Route du Rock. L’esprit du festival se niche ailleurs, et ça fait aussi du bien. Jusqu’ici, pas de souci. Par contre, aux artistes de savoir où ils mettent les pieds pour bien prendre leurs dispositions. Morgane Colas, chanteuse des Concrete Knives, l’a appris à ses dépens, en tentant un slam… sans y parvenir. Une charmante demoiselle qui s’étale deux mètres après s’être élancée, avouez que c’est rare. Mais visiblement, ça l’a fait marrer. Et sinon, le concert ? Solide. Les Caennais grandissent à leur rythme et les voir tenir la scène de cette façon un samedi soir au Fort Saint-Père montre clairement que le groupe a changé de statut. 

Junip, si frustrant. Parce qu’on est un peu con, on a trouvé le moyen de louper la bonne moitié du set de Junip. Mais ce qu’on en a vu était d’une très belle délicatesse, avec notamment After All Is Said and Done pour clôturer le concert comme il clôture d’ailleurs leur dernier disque éponyme paru récemment et qu’on vous recommande vraiment.

Ce lundi est aussi celui de la rentrée pour bon nombre d’entre nous. En bons français, on finira donc cet article en râlant : l’absence de pissotière sur le site (pas de tuyaux, pas de copeaux, pas de robinets, rien du tout), c’est quand même pas joli-joli. Quant à la deuxième et nouvelle scène, si elle a le mérite d’exister, elle est sacrément mal foutue et bien trop petite pour ne pas engendrer colère et frustration chez un paquet de festivaliers privés de concerts dans de bonnes conditions. A titre d’exemple, pour voir Moon Duo (parait-il excellent), il fallait quand même y mettre du sien et s’y prendre bien à l’avance.

Crédit photo : Nicolas Joubard