Arno a l’image d’un poivrot et d’un fumeur invétéré. Derrière la façade se cache un Flamand qui chante dans les deux langues belges, sans oublier l’anglais. Dans « Future Vintage », l’hirsute à la voix cadavérique poursuit cette flamme unitaire, mélangeant les styles tout en gardant une base rock.

Que les fans soient rassurés, la rédemption habite toujours cet humaniste torturé, surnommé par une certaine presse française « Le Higelin Belge ». Peu surprenant quand Arno ose des rimes de la sorte : « La cigarette est mauvaise pour la voix, l’alcool pas bon pour le foie ». Avant de préciser que « Les ordinateurs tuent les facteurs ». La tempérance d’Arnold Charles Ernest Hintjens surgit et se répète à l’envi dans le refrain : « On ne chante pas tous les jours une chanson d’amour« . Car oui, le titre en question s’appelle Chanson d’amour.

La critique oblige à prendre du recul. Discerner ce qu’il y a de négatif dans cette 12e galette produite à Bristol par John Parish (PJ Harvey, Eels, Tracy Chapman, etc.) n’est pas aisé. Franchement, il semble y avoir peu à jeter. Les riffs rageurs (Die Lie, I Don’t Believe ou Show of Life, single en préécoute sur Deezer ou Spotify) contrebalancent avec une tendre mélodie (Dis Pas ça à ma Femme). L’europhile se débrouille pas mal dans les arrangements électro et biscornus (Elle dit la Vérité, Ostend Dub). Le fan pourra cependant reprocher à son idole d’avoir repris un air déjà usité dans les précédents albums sur Ça plane pour nous.

Le broussailleux qui aime bien roder dans les cafés ordinaires bruxellois – et pas forcément dans des lieux interlopes, comme le dit la rumeur – n’en oublie pas ses origines. Natif d’Ostende – joli port romantique de la côte flamande -, il a écrit Ostend Dub. Energique et hystérique, cette avant-dernière chanson assiège le prélude d’un final cacophonique.

Parler d’Arno, c’est également évoquer Bashung, qui manque à la chanson française. Reste à se repasser ce passage culte de « J’ai toujours rêvé d’être un gangster « , réalisé par Samuel Benchetrit, où Arno et Alain se croisent dans les pissotières d’un routier. Les briscards essaient ensuite d’échanger sur leur art et les femmes. Une histoire de plagiat en pleine tournée. Epique. Et un tantinet vintage…

Crédit photo : Danny Willems