Janvier. Le 11 janvier, les membres du crew 1995 se mettent sur la gueule en plein concert. Un spectateur filme la scène et met la bagarre sur Youtube. 1,6 million de vues en une semaine : Gangnam Style peut trembler. Les esprits sont plus apaisés au festival Mo’Fo, où l’on re(découvre) la classe de Apes & Horses sur scène. Le 30 du mois, Daft Punk met fin, pour la 342ème fois, à la rumeur : « Non, nous ne ferons pas de tournée en 2013« .

Février. Eels nous revient pour son 10e album. Pour l’occasion, Mark Oliver Everett s’était entouré d’une jolie bande de zikos : les guitaristes The Chet et P-Boo, le bassiste Koool G Murder et le batteur Knuckles. Pourtant, très vite, Mark avoue dans une interview ne pas être satisfait du résultat. Pour rester cohérent et respecter son public, il décide alors de ne plus jouer aucun titre de cet album lors de ses concerts. Le 11 février 2013, Indochine publie son douzième opus studio, Black City Parade. Comme prévu, Air et Lescop sont les invités de marque du disque. On a mal pour eux.

Mars. Pour rendre fun la promo de « Miami », son huitième album solo, Saez trouve pertinent de déclarer que son premier disque « Jours étranges » a « redonné espoir à toute une jeunesse perdue« . La France entière rigole, et ce n’est pas si souvent. Elle rigole beaucoup moins quand Bertrand Cantat repousse encore la sortie de son album solo. On attendra 2014. A la fin du mois, au festival Panoramas, un jeune puceau éméché grimpe sur scène et tente un chat-bite royal sur Arnaud Rebotini, pendant le show de Black Strobe. Le moustachu l’expédie dans la fosse, face contre bitume. Le morveux décède à l’hôpital de Morlaix une heure plus tard. Le festival annule les concerts suivants.

Avril. Superpoze explose. Tout le monde le veut : salles, festivals, médias. Le compte en banque du Caennais en salive d’avance. Sa musique, quant à elle, confirme tout le bien qu’on pensait de lui en 2012. Au Printemps de Bourges, on ne parle que de lui ou presque. On jase aussi beaucoup sur l’annonce de la carte blanche offerte par les Francofolies de la Rochelle à Carla Bruni, à l’occasion de son nouvel album. Drôle d’idée. Skip The Use trace sa route et file son People In The Shadow pour la pub d’une bagnole. On a oublié laquelle et de toute façon, on s’en fout. Nous, ce qu’on veut, c’est voir son chanteur continuer de nous retourner la cervelle sur scène. Comme il le fera au Cabaret Vert, quelques mois plus tard.

Mai. Le 2 mai, mise en ligne sur soundcloud de la collaboration entre Zack de la Rocha (photo) et Portishead. On a mis le mois entier à s’en remettre. Mai toujours, le festival Art Rock, qui souffle ses trente bougies, propose une création inédite avec plusieurs habitués du festival (Yelle, Thomas Dutronc, Philippe Decouflé), le tout mis en scène par la Fura Dels Baus, compagnie de théâtre espagnole déjantée. Tout le monde finit à poil à la une du Télégramme. Le conseil général des Côtes-d’Armor retire sa subvention.

Juin. Repoussé depuis trois mois, Phoenix sort enfin « Bees & Kicks ». A la première écoute, on comprend mieux le retard dans la livraison. Thomas Mars et ses copains ont dû longuement hésiter avant de livrer aux chiens que nous sommes cette daube sans nom, quelque part entre un Pony Pony Run version Lidl et un Kaiser Chiefs sous acides. Personne ne comprend. Peut-être un suicide, en pleine apogée musicale et commerciale. Cela ne manque pas de panache, après tout. Le Hellfest confirme sa bonne santé et se place dans le top 5 des festivals français, avec une hausse de 21% d’entrées. On dit merci à Tool, qui assure là son seul show de l’année en France, calé entre ZZ Top et Korn. Les mecs de Kiss se font voler tout leur maquillage en backstage. Heureusement, un bénévole quinqua de la buvette, fan de première heure, possède des répliques officielles du nécessaire de toilettes des Américains. L’orga lui offre un pass 3 jours pour 2014. Le 31 du mois, Calvi on The Rocks lance un appel à souscriptions, faute de préventes. Putain de crise.

Juillet. Les Eurockéennes de Belfort démarrent sous la flotte. Dimanche, c’est même prévu orage. On ne badine pas avec les traditions. D’ailleurs, en parlant de traditions, les Queens of The Stone Age reviennent sur la Presqu’ïle de Malsaucy fêter la sortie de leur nouvel album. Dave Grohl est bien là. Les fûts tremblent. Et comme Josh Homme est toujours au sommet, la démonstration de force est totale. Sur le côté de la scène, Damon Albarn, qui en a pourtant vu d’autres, se fait pipi dessus. Blur est sur la même scène dans deux heures. Jeudi 18 juillet, aux Charrues, la pression monte pour accueillir Rammstein et son staff de 80 personnes. Sur le rappel, le pogo est tel qu’une pipe-line de bière enterrée sous le site cède sous la pression. Un gigantesque jeyser de bière arrose les 60.000 personnes présentes, offrant à tout ce petit monde un final dantesque pendant Du Hast. La brasserie partenaire fait faillite le 21 juillet.

Août. A un an de ses vingt ans, Astropolis propose un plateau de légende dans sa cour en offrant une carte blanche au label Kompakt. Au petit matin, les Pachanga Boys jouent jusqu’à 11h. Sur Twitter, une photo montrant Bernard Mendy et Bruno Grougi torse nu et en pleine extase affole le réseau. Alex Dupont, revenu aux affaires, les punit en les envoyant jouer avec l’équipe C dans le derby contre Landivisiau. Encore dans le coltard d’un superbe week-end à La Route du Rock où on aura notamment vu Local natives, Bertrand Belin et Midlake, on nous annonce le décès de Julien Clerc. On préfère alors fuir le web, la radio et la télé : les nécros en musique, très peu pour nous, merci. De toute façon, il est temps de partir en vacances.

Septembre. On attendait fébrilement le retour d’Arcade Fire. Très vite, à l’écoute de leur 4e opus, on a compris que les Canadiens étaient encore bien au dessus de la mêlée. Faisant appel à James Murphy pour cet album concept en hommage à Haïti, Win et sa bande explorent des ambiances nouvelles, bien plus électro mais toujours aussi sombres. Arcade Fire aura marqué 2013 de son empreinte aussi par son concept inédit de pré-concert gratuit et surprise : la veille de chaque date, le groupe se produisait une grosse demi-heure dans la rue, gratuitement, en version semi-acoustique. Au festival We Love Green, le nouveau smoothie goyave-litchi-citron vert affole le public.

Octobre. On ne s’y attendait presque pas : à la rentrée, Wu Lyf a « surpris » son monde en annonçant sa reformation. Dans un moment d’urgence et de communion, le groupe a pondu un deuxième album en une semaine. Sauf que le résultat ressemble beaucoup a une pâle copie de Go Tell Fire to the Mountain. Aux Transmusicales, Subarys, qui vient de sortir son premier album chez Infiné, est programmé aux côtés de l’orchestre national de Bretagne à la Cité, pour une création unique. Après vingt mois de tournée, les C2C  font une pause. On  les aime, mais il était temps : l’overdose guettait. François Hollande les propose pour la Légion d’Honneur. Après tout, Stone et Charden l’ont.

Novembre. Kavinsky, en pleine tournée australienne, disparaît brusquement après un after à Brisbane. Il est retrouvé le lendemain sur une plage voisine, nu, mais ne se rappelle de rien. Nudité toujours : Sébastien Tellier tourne son nouveau clip à Lourdes en compagnie de 2.000 petits chats peints en bleu, avec Gaspard Noé aux manettes.

Décembre. Poutine ne kiffe pas la techno de Proxy et sa prise de position anti-corruption. Le live du jeune DJ, le 20 décembre au K-Klub de Vladivostok, sera le dernier. Il est retrouvé ligoté au fond du lac Baïkal une semaine plus tard, par des scientifiques japonais étudiant la faune sous-marine. On apprend que la baston des 1995 est un fake. Les membres du groupe ont simulé et un pote filmait la scène pour faire monter la sauce sur la toile. On aura aussi retenu ça de 2013 : tout était bon pour faire le buzz. Tout, et surtout n’importe quoi.