Anthologie des nazes #1 : Soldat Louis et Les Musclés, la classe à fond de cale
/>Soldat Louis et Les Musclés, même combat. Être un naze, ce n’est pas qu’une question de réputation, ça se démontre preuves à l’appui. Pour Les Musclés et Soldat Louis, elles sont édifiantes.
« Du rhum, des femmes et d’la bière nom de Dieu ! » Tout le monde a déjà fredonné ce refrain de Soldat Louis. Généralement, on s’en tient là car on se souvient moins du reste des paroles. Et on a tort, comme l’a très justement précisé l’un des intervenants (vaguement sosie de Jean-Paul Rouve) lors de la table-ronde débat « Chanson française, chanson d’auteurs » organisée à l’occasion de l’assemblée générale annuelle de Sourdoreille (1).
Dans cette chanson, après avoir vaguement évoqué les relations hiérarchiques qui régissent la vie à bord lors du premier couplet, Soldat Louis enchaîne sur la solitude affective en mer, avec une finesse que Stéphane Collaro ne renierait pas. Extrait : « Ça fait une paye qu’on n’a pas touché terre / Et même une paye qu’on s’fait des gonzesses en poster / Tant pis pour celle qui s’pointera la première / J’lui démonte la passerelle, la cale, la dunette arrière »
Qu’on ne s’y trompe pas, il n’y a là aucune référence à la tragédie du Queen-Mary II, la chanson ayant été écrite bien avant l’accident. Comme quoi, on croit que c’est de la chanson populaire et on se fourre bien le doigt dans l’œil. On aurait mieux fait de coucher les gosses.
Un autre exemple ? Pas de problème, la chanson s’appelle Martiniquaise. Appréciez : « Martiniquaise parti niquer / Une Angolaise parti se faire angoler (…) / Une Suédoise qui suait dure / Une Miss pôle nord ou un phoque j’suis pas sûr » Pour l’élégance, on repassera.
Mais Soldat Louis n’est pas seul dans ce combat pour un retour du réalisme gonzo dans la variété française. Extrait : « Le vieux clerc de notaire / Qui a connu toutes les guerres / A sorti son fusil / Pour tirer des coups nous aussi / Les filles étaient pressées / On s’est pas fait prier »
Ce chef-d’œuvre de poésie, on le doit aux Musclés dans La Fête au village, ces grands spécialistes de la chanson à texte qui ont aussi interprété la Merguez Party. Si vous avez des doutes quant aux allusions lourdes du refrain (« C’est la Merguez, Merguez Party ! / Tant qu’y a de la braise, c’est pas fini »), attendez le couplet : « On s’est bien amusé / Y a même des filles qui nous ont embrassés / Il paraît même que la mémé est allé se coucher / Sous la tente du grand René »
Il ne manquait plus que ça, que Mamie tire son coup. Avec Les Musclés et Soldat Louis, la finesse voyage toujours en première classe. Eux ont des billets en seconde.
(1) Bon OK, on n’a jamais fait cette table ronde, on était dans le métro et on allait boire des coups.


