45 jours avant 2013. Le compte-à-rebours est déclenché et la majeure partie des médias vont désormais se lancer dans une frénétique course aux bilans, avec son lot de tops et classements en tous genres. Chez nous comme chez beaucoup d’autres, un disque va inévitablement squatter les premières places. Et peut-être même la première, pour être tout à fait honnête. Cet album est paru le 28 mai, s’appelle « An Awesome Wave » et marque le début de carrière en fanfare de quatre surdoués venus de Leeds. Leur nom ? Alt-J, comme ce raccourci clavier pour réaliser un beau ∆ sur un clavier QWERTY.

Difficile de faire la fine bouche quand un disque pareil se présente à nous. Au-delà de son caractère addictif, il marque surtout les esprits par son inventivité et les innombrables trouvailles qui accompagnent ces quatorze compositions. Alt-J parvient ici à définir un no man’s land sonore, délimité par les musiques pop, rock, folk, les nappes electro et des beats hip hop. La plupart de ceux qui ont exploré ce nouveau territoire vous le diront : on s’y sent bien.

A la fois rigoureux et libéré, Alt-J s’est amusé à tordre les codes. Le chemin emprunté est tortueux, les structures des morceaux sont déroutantes mais ne perdent jamais le fil d’une sensibilité qui doit beaucoup à la finesse des arrangements et à la beauté d’une voix, celle de Joe Newman. Lui qui s’est pourtant mis à chanter parce que personne de voulait le faire à sa place.

Magnifiquement produit, « An Awesome Wave » a dû ensuite passer le cap de la scène. Aucune évidence en soi, pour ces musiciens geeks et introvertis. Le bel accueil du public les aidera à dépasser les peurs. Depuis, si les compositions sont sinueuses, le succès, lui, file tout droit : salles blindées, des ventes qui défient le déclin de l’industrie, une tournée américaine, etc. Et parce qu’une coupe n’est jamais pleine, voilà le Mercury Prize qui tombe dans les bras du groupe, soit la reconnaissance d’appartenir à ce qui se fait de mieux dans l’Angleterre musicale. Alt-J déboule dans un palmarès où l’on retrouve pêle-mêle Pj Harvey, The XX, Portishead, Franz Ferdinand ou Arctic Monkeys. Le temps où le quatuor s’appelait encore Films est bien loin. Le plus dur sera sans doute de confirmer des chansons que les grincheux se contenteront de qualifier de belles promesses. Parait qu’elles n’engagent que ceux qui y croient. Nous, on y croit.

Début du concert à 21h30. Également diffusé chez nos partenaires Rue89, Les Inrocks et Infoconcert.